Chroniques diverses

59337861_p.jpg 1974, une tâche noire dans le ciel, qui vacille entre les Twin Towers ; un funambule qui joue avec la mort. Comme cette guerre qui vient de se terminer, si loin pour ces mères new-yorkaises, qui se réunissent dans le Bronx, ou l’Upper East Side. Deux quartiers bien différents, mais la même tristesse pour ces femmes qui ont laissé leur fils dans les bras de la faucheuse, et qui se rencontrent comme ça, juste pour parler.

 

Pendant que les larmes coulent dans l’appartement cossu de Park avenue, dans le South Bronx, Corrigan l’irlandais, protecteur des dépravés, ange gardien des prostituées qui viennent se détendre et pisser dans son appartement miteux, encaisse les coups des macs et se laisse ronger par une maladie qui bleuit son corps, et l’amour interdit par les vœux qu’il a prononcés, pour Adelita, l’infirmière guatémaltèque.

 

Tous ces destins, et d’autres encore, sont pendus à un fil, l’amour, l’amitié, la vie. Comme celui que cet équilibriste, un jour d’août 1974, tend entre deux tours, là-haut, pour la beauté. « Etre un instant sans corps et venir à la vie ». Ce livre là, est un réel hommage à l’humanité, celle des petites gens, qui au milieu de la crasse des trottoirs et de la vie, survivent en se donnant la main et en s’aimant, tout simplement. Il est aussi une vraie célébration de la ville de New-York et de la simplicité de ses habitants. Tout cela avec beaucoup de pudeur et de générosité. Un livre où se plonger.

 

Géraldine

Quelle découverte ! C’est un poncif de dire qu’il se passe des choses plus qu’intéressantes de l’autre côté  de l’Atlantique, mais là, quelle lecture jouissive ! Et je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt, alors que la première traduction française date de 2007. Comment vulgariser à la fois la philosophie de Nietzsche et la psychanalyse ? Et bien Irvin Yalom y est arrivé avec je dois dire brillance et aisance littéraire. Un jour la belle Lou Andréa Salomé (qui a existé, romancière philosophe et « muse » de Nietzsche et Rainer Maria Rilke), vient voir le docteur Breuer (l’un des fondateurs de la psychanalyse) pour soigner Nietzsche de plus en plus parano et pris de terribles maux de têtes. Mais la thérapie devra se faire à l’insu du philosophe, car Lou est sûre que sa maladie est d’abord psychologique, ce qu’il n’admettra jamais. Alors Breuer, avec l’aide d’un jeune psychanalyste (le Docteur Freud…), va user d’un stratagème inhabituel : faire croire que c’est lui qui a besoin de conseils, pour reprendre goût à la vie, après une psychanalyse qui a mal tourné avec une jeune femme du nom d’Anna O…

 

Et là, commence un duel entre deux philosophies, deux modes de vie : le fatalisme, la morale et la culture, contre la prise en main de sa vie et l’accomplissement de soi, pour résumer très brièvement. L’auteur américain semble s’amuser de cet affrontement entre les deux hommes, et placé en position d’arbitre, on se délecte avec lui. Tiens pour le plaisir, Nietzsche : « Ne pas s’emparer du cours de sa vie, c’est réduire l’existence à un simple accident ». A lire d’urgence !

 

Géraldine

Voilà un ouvrage qui apparaît comme un soleil (noir), dans le climat littéraire hexagonal actuel aux relents un peu trop bobos et nombrilistes à mon goût. Un roman noir, dur et incisif. 767 pages racontant l’histoire ou plutôt la souffrance de Marianne, que l’on suit pas à pas et qui je dois dire, noue les tripes. Ange déchu, l’héroïne plonge dans l’enfer de la taule, après une cavalcade où restent sur le carreau deux flics, enfin presque. Elle va le payer par la perpétuité et une descente violente aux enfers. Tabassage par les matons ; elle en tue une au passage, privations, dépendance à l’héro qu’elle arrive à se procurer auprès d’un gardien contre l’avilissement de son propre corps. Et puis, il ya aussi les bastons avec les codétenues. Parce que Marianne sait se battre et elle fait peur, ce qui rend jalouse la caïd de la taule.

 

La jeune femme n’a que la prison comme seule perspective d’avenir. Pourtant un jour, trois hommes, trois flics peut-être, lui promettent la liberté. Mais tout se paye et elle va devoir faire resurgir la tueuse, le monstre comme disent les autres, qui sommeille en elle…

 

Géraldine

Après la publication en 2006 d’un essai sur la Brigade Dirlewanger, (unité de l’armée nazie au recrutement « spécial », réputée pour sa cruauté et les atrocités qu’elle a commises) « Les chasseurs noirs », l’historien s’attaque ici au mythe d’un régime nazi composé de brutes, pour montrer que ce système a été théorisé, légitimé par des historiens, philosophes, juristes, géographes, etc, qui ont eux-mêmes pris part aux tueries comme officiers au sein d’unités d’einsatzgruppen. Des « intellectuels d’actions ».

 

En suivant le parcours d’un groupe d’entre eux, Christian INGRAO nous éclaire sur le processus et les fondements du passage de l’intellectualité à la violence de guerre.

 

Dans un premier temps il nous explique les raisons, le mécanisme et les modalités de l’engagement de ces hommes dans le nazisme. Le traumatisme de la défaite de 14-18, le sentiment d’être entouré d’ennemis, est un élément explicatif important pour ces jeunes intellectuels qui vont devenir des militants du nazisme, créer des réseaux et essayer de mettre leurs savoirs au service de l’idéologie à laquelle ils croient profondément. Car là est une autre clé de compréhension. Proche de l’anthropologie historique, spécialiste de l’étude de la culture de guerre, l’auteur analyse le régime nazi du point de vue d’un système de croyances teinté de millénarisme, notamment l’espérance en une ère nouvelle, que l’Allemagne nazie était en train de construire. « Cette guerre nous la menons pour l’existence même de notre peuple » écrit l’un des hommes du Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppen C, « qui les 29 et 30 août 1941 élimina les 33 371 juifs de Kiev dans le ravin de Babi-Yar ».

 

Associé au « déterminisme racial, nordicisme et antisémitisme à formulation savante », l’adhésion au système de croyance nazi, va conduire ces hommes à participer aux grandes tueries de l’Est. « Après le temps de la conquête vient celui de l’administration et de la germanisation ». C’est le temps de « la violence en actes », qui constitue la deuxième grande partie du livre, la création de la RSHA, la reconquête de la germanité, les grandes tueries des eninsatzgruppen.

L’auteur de rappeler que lors des grands procès de l’après guerre, la plupart des intellectuels SS adoptèrent la stratégie de la négation, l’obéissance à un « ordre d’extermination », eux qui pourtant, comme le démontre l’auteur, en s’appuyant sur les archives de la SD et de la SS, ont totalement adhéré, avec ferveur, à la culture de guerre nazie, en lui apportant à travers leurs travaux « scientifiques » et historiques, une légitimation, et en participant directement au génocide des juifs.

 

Géraldine

Salut à tou(te)s !

Cartouche-le-blog.com se fait le relais des playlists de l'émission Rudy's Back !
Vous ne connaissez pas ??

 

Et bien l'idéal c'est d'écouter tous les mercredis
de 20h à 22 h sur les 101.5 de Radio G!
(Angers-49) ou sur www.radio-g.org link

 

 

 

http://rudysback.free.fr/flyer-emission.jpg

 

Rudy’s Back émission sur Radio G ! à Angers (49) mixe autant le Ska, le Rocksteady, le Skinhead Reggay, le Street-Punk, le Street-Punk et l' @-Punk.  Actuellement sévissant sur les ondes tous les mercredi de 20 h

 

 

 

à 22 H. sur le 101.5 ou sur les www.radio-g.org

Le Leitmotiv de l’émission, « La Fête oui…. Mais la lutte aussi ! », rappelle aux auditeurs que les genres mixés sont des musiques rebelles et donc délivrent des messages sociaux  auxquels « la bande des deux »

 

 

animateurs reste très  attachée. 

 

 

De même

 

 

l’engagem

ent anti-fasciste et anti-capitaliste sont mis en avant à chaque émission aussi bien dans le choix d’infos que dans la programmation music

 

 

ale. Le collectif Rudy’s Back anime également des « Sound-Anti-System » en soutien à des associations activistes

 

ou à des personnes.

Fin 2009, Rudy's Back se lance dans l'activité label (très modestement) en co-produisant le 2eme album du groupe punk-rock Cartouche , puis en janvier 2010 le 1er album du groupe Punk rural du 79,  YUKA "qu'enfin souffle le vent de la contestation" et sortie prévue en septembre 2010 : Les kamionërs du suicide EP 4titres + CD !!!

 

 

 

Site de l'Emission :

http://rudysback.free.fr/accueil.htm link

Les playlists sont ici : http://rudysback.free.fr/emissions/index.php?0=-Playlists link

Les Podcats ici : http://rudysback.free.fr/emissions/index.php link

Le label : http://rudysback.free.fr/conc3.html link

What we feel, Nos 14 mots, 2009

Nouvelle sortie du groupe moscovite (titre en russe), la meilleure et la mieux produite à mon goût. 14 chansons, pour exprimer tout ce que le groupe a dans le ventre. Nous vous avons déjà parlé de la situation à laquelle la scène punk & HC oï russe doit faire face (répression, attaques néo-nazies et assassinats) mais aussi de l’esprit de corps entre les différents acteurs et l’atmosphère de lutte qui y règnent. What We Feel est incontestablement l’un des groupes phares de cette scène, et leur dernier album un excellent écho. Un hard core puissant qui se fait parfois lourd et souvent déchaîné, au service de la colère qui gronde. Le message se fait aussi direct, comme l’excellent Network fighter (le titre original est en russe) qui s’adresse aux néo-nazis qui diffusent courageusement les CV et adresses des militants antifa sur le net. Till the end, mix hip hop & HC, en commun avec le groupe Razor Boys, se déroule comme un pamphlet sur la situation russe, à l’image du graphisme du CD, entre le samizdat et le réalisme russe. Enfin, une reprise de Sometimes antisocial always antifascist de Stage Bottles, rappelle à la fois la tournée que le groupe a faite en Russie et que la solidarité internationale n’est pas un vain mot.

En tuant la personne, tu ne tueras pas les idées, ou l’on pourrait dire « Vivre libre ou mourir ». Pour What We Feel et leurs camarades antifa russes, cette phrase n’est pas qu’un exercice de style…

Le disque est disponible chez No Pasaran. Soutenez le groupe en écoutant et en diffusant sa musique et son message et croyez-moi, si vous êtes sensibles au punk & HC, vous ne serez pas déçus.

Géraldine


couv purgatoire

Purgatoire, Chabouté, Editions Vent d’Ouest, 2009

 

Le Purgatoire, voilà le destin et l’histoire du jeune Tartouche, qui un beau jour, dégringole du haut de l’échelle sociale au trottoir. En peu de temps, de travailleur indépendant et propriétaire, il se retrouve étendu, seul, mort écrasé par un sombre et libidineux directeur d’agence en assurances. Et alors, c’est le purgatoire. Mais si c’était aussi simple que cela…

Dans ce recueil de trois tomes, vivants comme morts, déambulent tristement dans les rues. Ceux-ci sont abattus par le travail et les soucis du quotidien, ceux-là, chevaliers errants au service du bonheur sont, depuis des années ou des siècles, en quête de la flamme qui redonnera le sourire aux vivants.

 

Chabouté, en véritable Balzac du dessin, plante dans son décor, des dizaines de personnages qui se croisent sans se voir, polichinelles du libéralisme, guignols politiques et dindons de la farce. Et ce n’est pas pour déplaire (souci du détail), sur les murs et les palissades, de petits A cerclés, rappellent que l’impossible est possible. Intentionnel ?

 

Géraldine

couv le procès

Le procès, Chantal Montellier, David Zane Mairowitz, Actes Sud, 2009

Je ne sais pas s’il était astucieux, ou désespéré, en ces temps de contrôle social et de justice arbitraire, d’adapter en bande dessinée, cette œuvre majeure posthume de Franz Kafka, publiée en 1925.

Le Procès ce fût pour certains, le reflet des angoisses de son auteur, pour d’autres, une œuvre visionnaire comme métaphore des persécutions subies par les juifs, ou encore, 1984 (d’Orwell) avant l’heure. Mais c’est incontestablement une description amère et névrosée de l’arbitraire de la justice qui s’introduit jusque dans votre lit. Joseph K. se retrouve un jour réveillé par des hommes qui viennent l’arrêter pour un délit qu’il ne connaît pas et dont il n’aura toujours pas été éclairé le jour de son exécution.

Il était assez audacieux de s’attaquer à l’adaptation BD d’un ouvrage aussi complexe. La conjonction d’un bon scénario et de dessins en noir et blanc, donne du suspens à cette histoire sombre et rocambolesque. Le ton est acerbe et cynique et les planches de dessin de Chantal Montellier semblent parfois se référer à George Grosz et sa vision grotesque des puissants. Le chaos semble régner, pourtant la justice suit sa voie arbitraire, le destin de Joseph K. est inéluctable et la mort représentée par un petit squelette qui poursuit le héros, rappelle l’absurdité des choses. Cela donne envie de découvrir ou redécouvrir l’original de cet auteur, plébiscité après sa mort, un inconnu parmi tant d’autres à son époque, un habitant du ghetto juif de Prague.

Géraldine

 

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