Après la publication en 2006 d’un essai sur la Brigade Dirlewanger, (unité de l’armée nazie au recrutement « spécial », réputée pour sa cruauté et les atrocités qu’elle a commises) « Les chasseurs noirs », l’historien s’attaque ici au mythe d’un régime nazi composé de brutes, pour montrer que ce système a été théorisé, légitimé par des historiens, philosophes, juristes, géographes, etc, qui ont eux-mêmes pris part aux tueries comme officiers au sein d’unités d’einsatzgruppen. Des « intellectuels d’actions ».
En suivant le parcours d’un groupe d’entre eux, Christian INGRAO nous éclaire sur le processus et les fondements du passage de l’intellectualité à la violence de guerre.
Dans un premier temps il nous explique les raisons, le mécanisme et les modalités de l’engagement de ces hommes dans le nazisme. Le traumatisme de la défaite de 14-18, le sentiment d’être entouré d’ennemis, est un élément explicatif important pour ces jeunes intellectuels qui vont devenir des militants du nazisme, créer des réseaux et essayer de mettre leurs savoirs au service de l’idéologie à laquelle ils croient profondément. Car là est une autre clé de compréhension. Proche de l’anthropologie historique, spécialiste de l’étude de la culture de guerre, l’auteur analyse le régime nazi du point de vue d’un système de croyances teinté de millénarisme, notamment l’espérance en une ère nouvelle, que l’Allemagne nazie était en train de construire. « Cette guerre nous la menons pour l’existence même de notre peuple » écrit l’un des hommes du Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppen C, « qui les 29 et 30 août 1941 élimina les 33 371 juifs de Kiev dans le ravin de Babi-Yar ».
Associé au « déterminisme racial, nordicisme et antisémitisme à formulation savante », l’adhésion au système de croyance nazi, va conduire ces hommes à participer aux grandes tueries de l’Est. « Après le temps de la conquête vient celui de l’administration et de la germanisation ». C’est le temps de « la violence en actes », qui constitue la deuxième grande partie du livre, la création de la RSHA, la reconquête de la germanité, les grandes tueries des eninsatzgruppen.
L’auteur de rappeler que lors des grands procès de l’après guerre, la plupart des intellectuels SS adoptèrent la stratégie de la négation, l’obéissance à un « ordre d’extermination », eux qui pourtant, comme le démontre l’auteur, en s’appuyant sur les archives de la SD et de la SS, ont totalement adhéré, avec ferveur, à la culture de guerre nazie, en lui apportant à travers leurs travaux « scientifiques » et historiques, une légitimation, et en participant directement au génocide des juifs.
Géraldine
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