Destination Lille, pour un concert au CCL, local libertaire (« lieu autogéré, sans hiérarchie ni autorité »), actif depuis 1987. A la fois bibliothèque, librairie, espace de meeting et de concerts. Nous ouvrons le bal, nous étant incrustés dans la programmation, mais l’ambiance est immédiatement bon enfant. Suivent NFT, les hollandais de Power is Poison, et les Sex Toy.
Figure 1 : polémique sur le prix de vente de notre disque dans un bar de Lille, et plaisirs de la boisson
Figure 2 : suite de la polémique sur le prix du disque de Cartouche
lors du concert de Lille, et fraternité entre collègues de travail.
Dimanche 12
avril, debout 8 heures, même si notre bon vieux camion est infatigable, la route pour Berlin sera longue. Dans le top des stations d’autoroute,
l’Allemagne s’en tire bien. Les toilettes sont payantes, mais les péages absents, et la bouffe bien plus à l’honneur. En France, la gastronomie est
réservée au restaurant « cuisine du terroir », et les végétariens lisent désespérément les compositions des sandwichs emballés sous plastiques, avec une lueur d’espoir, quand ils voient
écrit « crudités » – vite gâchée par les mots qui suivent, « thon » ou « poulet ». Mais tournons la page du guide des stations d’autoroutes européennes, pour revenir
à Berlin enfin, Kreuzberg, où nous arrivons après 12 heures de route. Contents de retrouver nos amis (voir figure 3), mais un peu tristes de constater, à l’instar de Montreuil ou du 20e
arrondissement de Paris, une boboïsation du quartier. Nous qui étions contents de nous éloigner de ce type d’atmosphère… D’ailleurs nos artistes
nationaux ne s’y trompent pas, puisque certains parmi eux sont en train de migrer vers la capitale allemande. A voir si l’inflation des prix en général inhérente à ce phénomène, suivra, dans une
ville agréable à vivre, et aux loyers quasiment deux fois moins chers qu’à Paris.
Figure 3 : nos amis
Lundi 13 avril c’est Pâques et c’est l’été. Nous avons largement le temps de nous balader dans la ville avant de nous rendre au Köpi, car les concerts à Berlin commencent à l’heure à laquelle ils s’arrêtent à Paris. Nouvelle visite au Musée juif de Berlin pour l’exposition sur « la médecine de la mort ». C’est un témoignage supplémentaire sur l’un des rouages du système nazis, de la théorie de l’eugénisme (la sélection des races), mise en place dès le début du XXè siècle, aux expérimentations sur les handicapés, puis les tziganes et les juifs. Cela fait toujours mal de lire au détour de l’exposition que le « docteur » Mengele, l’un des bourreaux d’Auschwitz, est mort tranquillement en 1979 au Brésil…
La
journée se poursuit au Köpi, ancien hôtel de luxe du Berlin Est qui, depuis que les barricades ont troublé la circulation de la Köpenickerstrasse, et les luttes permis qu’il ne soit détruit,
après 17 ans d’existence, a fait peau neuve. Nouvel aménagement de la salle de concert, sono neuve, salle d’exposition en activité.
Figure
4 : scène de sport devant le squatt Le Köpi
Trois groupes
de trois pays différents ce soir là : les basques de Diskoirää, les anglais de Restarts et nous-mêmes. Sur les 22 heures, la salle se remplit, incroyable pour un lundi
soir! C’est une bonne soirée (voir figure 5), qui se finira très tard, même si les berlinois sont un peu mous après 5 soirées consécutives de concerts, et certains qui arrivent juste d’un
festival de trois jours à Brême.
Figure 5 : c'était une bonne soirée
Encore deux
jours à Berlin, puisque nous sommes partis sur l’option « tournée/vacances ». Une nouvelle journée à visiter centre villes et musées, pour finir, ce qui était un passage obligé, chez
Mauro, à la pizzeria Il Ritrovo. Dans toutes mes pérégrinations, je n’en ai jamais vu de pareille, pour l’atmosphère, la bouffe et l’affichage de la
couleur politique, rouge, qui fricoterait avec le noir.
Figure 6 : publicité pour la pizzeria Il
Ritrovo
Etant à une
heure de route de Oranienburg-Sachsenhausen, nous avons décidé le lendemain, de nous rendre dans ce camp de concentration. Quatre heures de visites qui donnent la rage, du premier homme mort en
Allemagne en camp de concentration, le poète anarchiste Erich Mühsam (pendu par les nazis en juillet 1934), aux dizaines de milliers de juifs, prisonniers politiques, tziganes et soldats russes.
Deux endroits sont comme un coup de massue : le parcours en demi-cercle où les prisonniers testaient toute la journée sur des sols différents, des chaussures destinées à l’armée allemande,
et le bloc Z, avec la chambre à gaz, les deux salles d’extermination par balles, et les crématoires
Figure 7 : entrée du camp de Sachsenhausen
Le retour sur Kreuzberg est plutôt calme, et la journée se termine dans un restau indo-asiatique, pas cher, mais dont nous apprenons ensuite qu’il est tenu par la mafia indonésienne, ce qui n’est pas sans causer apparemment quelques problèmes dans le quartier.
Jeudi 16 avril,
un petit tour au Disorder rebel store (voir figure 8), sur la Marannienstrasse, la boutique toute récente de notre grand ami, où l’on peut trouver parmi les disques et les tee-shirts
militants, tous les cadeaux qu’il faut pour ceux que l’on aime au pays.
Figure 8 : cohue pour les Soldes au magasin Disorder
Après un bon petit déjeuner, il est temps de prendre la route pour la petite ville de Minden, pour notre deuxième
apparition là-bas. Mehdi le
patron, nous accueille à bras ouverts. Il a aménagé une petite terrasse agréable où il fait bon s’attabler, pour l’apéro, puis la bouffe. Cet endroit est bien, mais Mehdi compte le quitter pour
s’installer dans une ville un peu plus grande. Nous jouons seuls. Le public, toujours assez jeune, a répondu présent, bien plus que la dernière fois, ce qui fait plaisir. Quelque soit l’âge, tous
connaissent au moins le refrain de la chanson de Ton Steine Scherben, et c’est une vraie chorale ! Décidément, en Allemagne ou en France, il fait bon jouer en Province, l’accueil
est chaleureux.
Figure 9 : les amis de Minden
Vendredi 17
avril, après un magnifique petit déjeuner (encore…), pour l’instant numéro un de cette tournée gastronomique, nous partons tranquillement pour Brême, où nous allons jouer avec un groupe parisien,
« Yann caillasse », du style chanson rock française, qu’aucun de nous ne connaît – Paris est une grande ville… J’étais déjà venue jouer là il y a 5 ou 6 ans avec Kochise et j’avais
compris que cette ville, plutôt tranquille, fût un des hauts lieux de la scène punk allemande. Et d’ailleurs, ce soir là, il y’a bien quatre ou cinq concerts en même temps, ce qui laisse présager
un public diffus. Nous jouons au Nook, un club/atelier artistique alternatif. Avant, nous nous promenons bien sûr dans le vieux centre, il fait toujours très beau, et on grimpe en haut de la
cathédrale, pour redescendre manger une glace fort attrayante (voir figure 10), sans oublier de prendre la photo avec les fameux « musiciens de Brême »!
Figure 10 : la dure existence du musicien en tournée
Il était dit que ce serait une tournée/vacances !...
Nous ouvrons le bal, devant un public plus assidu que je ne l’aurais pensé, qui répond présent à l’énergie que nous essayons de communiquer. Quelques copines sont là, et d’ailleurs le manifestent, dont la guitariste de cet excellent groupe américain féminin de hardcore, Harum Scarum. Après la prestation de nos acolytes français, nous nous retrouvons avec nos amis du coin autour de quelques bières et un peu de bouffe, mourant toujours de faim après les concerts.
Figure 11 : sur la piste à Brême. Au premier plan : femmes qui dansent, à l’arrière plan : homme qui boît
Samedi 18
avril, nous reprenons la route en direction de Bruxelles (voir figure 12). Le soleil est trop beau, avant de partir un petit tour s’impose. Incroyable comme ces villes allemandes sont
vertes ! Quand à Paris il faut chercher les signes du Printemps dans quelques jardins privés au fond d’une cour, les villes allemandes s’attachent à développer les espaces verts et les
pistes cyclables. On apprend aussi, qu’il suffit de parcourir à peine 10 minutes à vélo au bord du fleuve pour trouver un endroit de baignade. En effet, le fleuve est à nouveau assez propre pour
que l’on puisse y faire trempette ! Les hommes seraient-ils en train de réparer les brèches qu’ils ont profondément creusées ?
Figure 12 : scène de liesse dans
le camion, sur la route de Bruxelles
Plus l’on se
rapproche de la Belgique, plus le ciel se voile. Pourquoi faut-il que les craintes se concrétisent ? En arrivant à Bruxelles, il pleut. La café Dada est en plein centre. Il fait bon revoir
Binam, et il faut s’installer et jouer fiça, c’est un apéro-concert ! Et tien, il commence tôt l’apéro ! Le public est déjà bien « en forme » quand nous commençons un peu
avant 21 heures. Rapide, efficace et agité, si c’est comme cela qu’on imagine une ambiance de concert, et bien celle-ci colle bien à l’image. On range vite pour aller manger des frites !
Parmi les meilleures nous a promis Binam (voir figure 13), vous pensez qu’on est impatients ! Affamés aussi.
Figure 13 : les artistes de l'orchestre René Binamé trépignant avant les frites
La pluie s’est arrêtée il y a un petit moment, nous reprenons la route vers Paris, car le lendemain, devant nous il y a, un autre train, un autre match, un autre concert.
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