Cartouche au

Festival Agen antiraciste # 1

samedi 15 janvier 2011


 ALERTA ANTIFASCISTA !!!!

 

http://img535.imageshack.us/img535/1751/flyantifa.png

 

TOUR REPORT CARTOUCHE Allemagne OCTOBRE 2010

 

BREME

Samedi 23 octobre. Décidément pas de répit en ce mois d’octobre 2010. Des journées de grève (beaucoup…) accompagnées de manifestations, les grosses à Paris, mais aussi les locales dans le 93. Tout cela, dans une ambiance joyeuse et combattante, « pas fatigués » (un peu quand même…) avec les cheminots, les fonctionnaires territoriaux, ceux du privé, des profs et des élèves, etc. Et au lendemain de la dernière manifestation de Noisy le Sec à la préfecture de Bobigny, après maintes péripéties, tôt le matin, nous chargeons le camion et partons (si j’ose…) à l’assaut de L’Allemagne du Nord. Hou que c’est loin ! Il faut vraiment être amoureux de ça pour se lever si tôt et enquiller 12 heures de camion, heureusement confortable (ça n’a pas toujours été comme ça !), dont deux heures d’embouteillage, de Paris à Breme. Partis sous le soleil parisien, nous arrivons sous une pluie battante, qui va peu nous quitter tout au long de ce voyage. C’est un joyeux groupe de huit qui part. Les 5 de Cartouche, dont Lolo, notre brillant nouveau guitariste ! Pour Mehdi aussi, c’est sa première tournée à l’étranger dans sa longue carrière de musicien, non pardon, de batteur (je sais, elle est facile…). Il y a aussi, Patrick, notre ingé pour la tournée, et amis, Eric Tapage et Marco, le roi du rangement ! Ah la belle équipe !

Affiche Cartouche Sielwalhaus

Ce n’est pas la première  fois que l’on joue dans cette ville et nos amis nous attendent avec un repas végétarien 3 étoiles à la Sielwalhaus, un centre autonome, comme nous un peu plus que trentenaire. Après ça, pas le temps de se détendre, mais installation, line-check et c’est parti ! Une heure débridée dans une ambiance du tonnerre dans cette salle pleine et souriante. Quelques moments d’émotions aussi semble t-il d’après ce spectateur qui me dit avoir eu des frissons à l’écoute de notre mise en musique de ce magnifique texte de Marianne Cohn, « Je trahirai demain ». Puis vient la décompression, rencontres, rigolade, bières à la Sielwalhaus et pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, long islands dans un bar bien rock n’roll. Mais, 24 heures après le premier café de la journée, Morphée me rappelle que le lendemain il faut partir à Hambourg et qu’il faudrait donc le rejoindre...Les animaux de Breme

Dimanche 24 octobre, l’inévitable déambulation matinale dans les rues de cette jolie ville, ne manque pas. Marche dans les rues aux maisons colorées, en passant devant Mafalda, le local féministe et plus loin, l’infoshop antifa. Nos amis nous expliquent, que les petites dalles en bronze déposées au sol sur le trottoir devant certaines maisons, sont là pour nous rappeler les déportés qui ont habité les dites maisons. Mais le plus surprenant est que ces dalles, qui habitent aussi d’autres villes d’Allemagne (on en verra aussi à Berlin), ne sont pas du tout officielles, mais sont l’œuvre d’un collectif qui fait cela de façon totalement marginale et indépendante. Naturellement et heureusement, personne n’ose les enlever… Pour terminer ce tour, nous rendons visite aux musiciens, l’âne, le chien, le chat et le coq. Certains disent que cette histoire des frères Grimm où les animaux, chassés parce qu’ils sont trop vieux (tiens ça rappelle l’actualité…), se serrent les coudes pour s’en sortir, serait un conte anti anticapitaliste…

 Affiche cartouche Hamburg

HAMBURG

Arrivée sans trop d’accrocs à Lobusch. C’est un ancien squat légalisé. Une maison entière avec 5 étages d’appartements et un club au rez-de-chaussée, le No Pasaran café. La dernière fois que nous sommes venus, nous avons participé à une grosse manifestation antifasciste. Cette fois-ci, quelques jours plus tôt, c’est une manifestation contre les logements vides et la spéculation qui a réuni 3000 personnes dans une ambiance combattante. Bonne bouffe, comme chaque soir (les tournées en Allemagne sont assez gastronomiques !), et rapidement, joue le premier groupe. Surprenant, un groupe finlandais constitué de 4 handicapés, du punk rock à l’ancienne avec 4 gars sur scène tout sourire, chouette. Concert No pasaran cafePuis c’est notre tour, ambiance sympathique en ce dimanche soir… Quelques bières et au lit !

Day off le lendemain, l’occasion de faire une petite visite touristique avec Tomshek, qui sera notre guide. Zapata à la coopérativeTout d’abord, passage par le Café Libertad Kollektiv, coopérative qui distribue du café du Chiapas (en très grande quantité), qu’ils torréfient eux-mêmes, mais pas seulement. Ils distribuent également des produits de coopératives de femmes de différents pays, du vin de la CNT Estrémadure, de l’huile d’olive, bouquins, etc. projet alternatif d’importance, dont nous avons une petite visite commentée. Puis on part bien-sûr vers l’inévitable quartier de St Pauli. Petit tour dans le shop de l’équipe de foot (pas donné d’ailleurs). Village de wagons HamburgDirection ensuite vers la Hafenstrasse, l’historique rue des squats. Pour ça, il faut traverser un quartier assez glauque de bars à prostitution, où trône au bout les statues en fer des Beatles. En effet, c’est à Hambourg que le quatuor british aurait fait ses premières armes à succès. Petite photo qui s’impose... ! Après

Après cette journée « touristique » bien remplie, on s’en retourne à Breme, pour une soirée-bouffe (encore... !).

 

MINDEN

Et hop le lendemain, on s’en retourne voir Mehdi du Hamburger Hof à Minden, pour la troisième fois ! Accueillis toujours avec le sourire et l’enthousiasme, quel bonheur !Le beau cocktail

Chouette petit concert en ce mardi soir, avec une bonne ambiance, parties de babyfoot à gogo, et les bons cocktails du patron pour terminer la soirée ! Mehdi est tout content, il vient d’avoir une petite fille deux jours plus tôt, qu’il nous présentera bien sûr le lendemain lors du petit déjeuner copieux et gargantuesque qu’il nous aura préparé.

Vue d'ensembleOn part tôt, car sur la route, prêt d’Hambourg, il y’ a le camp de Neungamme, et l’on veut s’y arrêter. Malheureusement, on n’aura pas le temps de d’y arrêter trop longtemps, mais assez pour voir un camp privé typique… En effet, Neueungamme était un KZ. Les prisonniers appartenaient aux SS, qui les mettaient à disposition d’entreprises, notamment là, une entreprise d’armement, une briqueterie, une menuiserie. Certains prisonniers sont aussi envoyés sur des chantiers ou des usines du Nord-Ouest de l’Allemagne. EntréeComme ailleurs, la trace d’humanité de l’individu est enfermée dans un fichier, alors que lui, elle, l’homme, la femme, n’est plus qu’un numéro, un esclave. On y pratique, ici aussi des expériences médicales sur les détenues et des enfants juifs que l’on fait venir d’Auschwitz. Dans un coin, d’ailleurs, il y a un crématorium pour faire disparaître les numéros qui meurent d’épuisement, ou sont assassinés.

Là, furent déportés 103000 personnes, dont 55000 sont mortes.La cave

Une exposition assez conséquente, donc à la fois pas mal d’informations historiques, et de témoignages oraux ou dessinés. Ah oui ! Après la guerre, le camp est devenu un camp  pour les prisonniers allemands, puis une prison jusqu’en 2003…

Ce n’est pas la première fois que l’on s’arrête dans de tels lieux, et à chaque fois, vient un sentiment de désespoir face à ce dont est capable l’humanité, heureusement accompagné de la rage de lutter.

 alte meierei flyer

KIEL

Nous ne sommes jamais montés aussi haut en Allemagne, au bord de la mer baltique. La météo n’est pas vraiment avec nous, mais bon après tout, on monte pas mal au Nord... !

Nous allons jouer au Alte Meierei, un squat légalisé du début des années 80, le dernier restant de cette époque. Ce soir, on joue à l’occase de la « Vokü schwarz / rot », une bouffe populaire végétarienne. Mais le lieu accueille aussi un antifa café, du théâtre et donc des concerts, pour le plus gros. C’est aussi un endroit habité. Grand espace avec pas mal d’histoire collée sur les murs.

Vu l’humidité au dehors, un grand poêle réchauffe l’atmosphère, avant que ce soit notre tour. Sur scène, ça bouge de partout, et avec le public, encore une fois, la transmission réciproque d’énergie, de joie, de rage, enfin tout ce que chacun peut ressentir, passe, pour finir en deuxième mi-temps, par des danses endiablées sur les choix musicaux années 80 de DJ Mehdi. La 3è mi-temps se déroule dans un immeuble que les punks & skins antifas ont investis, en s’installant dans un appartement dès que l’un se libérait. Du coup, ils ont pu y installer un infoshop, qui sera espace de petit déj le lendemain. CG, le punk et Raye soir, c’est l’anniversaire du punk bleu, et donc la fête est dans sa petite chambre, où il termine d’ailleurs habillé d’une sorte de combinaison/tutu rose, en buvant du « jägermeister », alcool aux plantes aromatiques, euh, assez spécial…

Le lendemain, à nouveau un peu de tourisme, on veut aller voir la mer. On se retrouve donc à 20 bornes de là, sur une plage immense, sous un vent tenace. Là, surplombe, un immonde mémorial aux soldats allemands morts, tous… Il représente une sorte d’avant de bateau colossale, genre architecture fasciste… le mémorial aux combattants allemandsA ses pieds, un sous marin à visiter, construit pendant la seconde guerre mondiale, sic… On peut d’ailleurs aussi acheter quelques jolis souvenirs, comme un petit fanion de l’armée allemande de l’époque… Ceci dit, ça ne vaut pas les bouteilles de vin vues au hasard d’un arrêt dans une station service prêt de Venise, à l’effigie de la Waffen SS… Nostalgiques les fachos..?

 

flyer berlin 10-10

 

BERLIN

C’est reparti pour cette ville fantastique ! Oui fantastique, parce que melting pot de populations, lieux alternatifs, etc, et à chaque fois de bons concerts. Cette fois-ci, on joue au Supamolly, aussi un squat légalisé, auquel on arrive dès le jeudi soir, la veille du concert. Mais on était déjà passé là, notre ami et guide touristique des lieux alternatifs, nous y avait amené pour y manger de délicieux gâteaux, tu penses si on s’en souvient !

Mais le soir, c’est bar ! Evidemment, arrivés à temps pour le passage obligé à la pizzeria de Mauru, El Ritrovo ! Notre table réservée, et hop c’est l’orgie de pâtes, de pizzas, desserts, enfin, comment on fait pour manger tout ça..?

Le lendemain, jour du concert, évidemment, tourisme ! Chacun part vers son centre d’intérêt du jour : balade pour ceux qui ne sont jamais venus, le musée de Pergame pour Lolo et une expo au Musée d’histoire de Berlin pour Alex, Raymonde, Eric et moi, « Hitler et les allemands, le peuple et le crime ». Le propos est de montrer comment on en est arrivé là, à la fois d’un point de vue, politique, militaire, socio-économique et culturel. Ca foisonne de documents, malheureusement pas tous traduits en anglais. Mais aussi, c’est une accumulation d’iconographies, de médailles, photos, livres scolaires, uniformes, nazis. Du coup, le problème est que l’expo peut attirer des nostalgiques, vu la quantité d’objets et de documents de l’époque, et d’ailleurs on se demande si il n’ y a pas quelques fachos par-ci par là, mais rien ne l’affirme, à part leurs sales gueules.Patrick après son boulot de sondéLolo - Ray - Géraldine

Après tout ça, c’est parti pour la soirée, et laquelle ! Le Supamolly est plein à craquer d’un public éclectique, encore une fois, on mange comme des rois et on boit tout ce qu’on veut.. ! Et c’est donc parti pour une soirée endiablée, avec pleines de rencontres et discussions, sur scène comme après sur la piste de danse où le DJ balance pas mal de rock steady qui délie les jambes. Tiens, tout ça m’amène jusqu’à 8 heures du matin, du coup le lever à 10h30 pour le petit déj est un peu douloureux… « Vous revenez l’année prochaine » qu’ils nous disent. Ah ben oui alors !je trahirai Supamolly

Alex SupamollyUn petit tour pour un bonjour / aurevoir à Sven à Kreuzberg, et hop un deuxième petit déj ukrainien, avec un brasch excellent concocté par Tania selon la recette bien sûr de sa mère, excellent, celui-ci suivi d’un délicieux dessert, l’inévitable verre de vodka de George, et voilà ! C’est définitivement une tournée gastronomique..!

 

flyer zoro 10-10ZORO

On se disait que ce n’était pas la peine d’arriver tôt au squat du Zoro à Leipzig, car de notre expérience, tout commence tard. Mais là, pas de chance, on arrive un peu comme des fleurs avec un concert en train de commencer, il faut dire que nous sommes 5 groupes à jouer, 4 groupes HC / crust allemands, et nous. Mehdi et Ray à ZorroLe public pourrait être surpris quand on monte sur scène, mais pas du tout, ça danse et ça chante joyeusement devant ! Le concert se termine à l’aube avec un groupe précurseur du crust, qui déjà sévissait en 1983 ! Courte discussion ensuite, il faut se lever dans 4, 5 heures, pour tracer jusqu’à Paris, un peu plus de 900 km, pour retourner vers la vraie vie. Mais au fait, c’est quoi « la vraie vie » ?photo de famille à Kiel

 

 

Le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques

 

Dans le cadre des 40 ans du MLF

 

Au Palais de la Femme, 94 rue de Charonne, Paris 11

 

 

Tout le programme sur: http://re-belles.over-blog.com/

 

Inscription à l'adresse email: congres40ansdemouvement@gmail.com

MARTINE STORTI - Quarante ans de féminisme

Interview réalisée en mars 2010 pour Barricata 21

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Fille d’ouvrier immigré italien, professeur de philosophie puis journaliste, Martine Storti nous raconte  l’époque où les femmes ont décidé de bouleverser l’ordre établi, ou plutôt, où elles sont sortie des coulisses de l’Histoire pour s’emparer de leur destin. Manifestations, avortements illégaux affichés au grand jour, journaux, fanzines, affiches, occupations, etc, le tout sur un ton radical, voir violent et à la fois plein d’humour. Regard d’une féministe, journaliste sur les luttes des femmes, quarante ans après….

 

Pourquoi cette envie de sortir un livre sur vos années libé presque 40 ans après ?

 

On peut dire que c’est un livre de circonstance publié dans le cadre de la campagne des « 40 ans du MLF ». En 1970, Libé n’existait pas encore, ayant été crée en 1973, moi j’y suis entrée en 1974, dans la deuxième équipe, alors que le journal se trouvait dans des conditions matérielles et financières très difficiles. De 1974 à 1979, j’ai été la principale rédactrice des articles sur la question des femmes et il m’a paru intéressant de les publier aujourd’hui, à la fois pour les chercheuses , les historien(ne)s et les jeunes générations qui ne savent pas grand-chose de cette période, et peut-être en ont une vision caricaturale.

 

Cette période correspond au développement du MLF, à son expansion dans la société et en même temps à sa récupération et à sa déformation. On voit bien comment alors le féminisme, pose problème aux syndicats, aux partis politiques,  de droite comme de gauche. Quand je dis récupération, l’ONU par exemple, décrète l’année 1975, Année internationale de la femme, alors que nous nous proclamions le mouvement de libération DES femmes. Cela correspond aussi au début du septennat de Giscard d’Estaing, qui nomme Françoise Giroud, qui est de gauche, au Secrétariat à la condition féminine. Nous féministes, cela nous fait hurler. Et le 8 mars 1975, on descend dans la rue en disant « Ni l’ONU nu Giroud, ne parleront pour nous ».

 

Un troisième intérêt pour publier ce livre est que j’étais dans un journalisme que l’on peut qualifier d’horizontal, écrivant tantôt un article sur le MLF, tantôt sur un livre écrit par une femme, ou sur une grève de femmes dans une usine, ou sur le début des mouvements de femmes en Espagne, les iraniennes qui refusent de porter le tchador au retour de Khomeiny. C’est donc tout à fait transversal.

 

Vous étiez reporter ?


Nous n’en avions pas le titre, j’ai eu le titre de « grand reporter » plus tard, quand j’ai travaillé pour un autre journal. Le fonctionnement de Libé était à la fois très dur, conflictuel et en même temps égalitaire. Tout le monde avait le même salaire, c'est-à-dire peu, en dessous du  SMIC actuel. Ce ne serait plus possible aujourd’hui car le chômage est bien plus surveillé, mais on était licenciés, pour toucher le chômage, puis réembauchés 6 mois après. Pendant deux trois ans, Libé a fonctionné ainsi, en plus des appels aux dons. Alors reporter, oui, en quelque sorte. Mon premier reportage international, en 1975, a été consacré à la marche des femmes chypriotes grecques désireuses de rencontrer les femmes chypriotes turques. A cette marche participait entre autres la vidéaste Carole Roussopoulos (1), morte il y’a peu de temps, qui a fait beaucoup pour la vidéo des femmes. J’ai également beaucoup suivi le développement du mouvement des femmes italiennes. Certains sujets ont aussi requis plus d’attention que d’autres, car les luttes des femmes suscitaient des polémiques et des débats très durs, comme par exemple la question du viol, notamment au sein de l’extrême gauche. Les féministes demandaient à ce que le viol soit reconnu comme crime, ce qui était prévu dans la loi mais pas appliqué. Les violeurs étaient jugés par un tribunal correctionnel et non par une cour d’assises. Alors les féministes ont demandé qu’ils passent aux Assises. Cela a été un énorme débat, les féministes étant accusées d’être des «  agentes de la justice bourgeoise ». Au sein de Libé, la polémique fût aussi violente. Pour ma part, je  répondais : « quand vous demandez à ce qu’un patron responsable de la mort d’un ouvrier dans un accident du travail soit jugé, vous ne faites pas appel à la justice bourgeoise ?! Et quand vous demandez à ce que Tramoni qui a tué Overney (2) devant les portes de l’usine Renault, soit jugé par les tribunaux ?... ». Ce débat a duré très longtemps, la lutte des féministes aussi, sous des formes diverses, par exemple « les 10 heures contre le viol » qui se sont tenues à la Mutualité à Paris. Certaines disaient, « il y’en a marre des agressions dans la rue et  puisqu’on ne veut pas du tribunal, que l’on nous donne un revolver ». Et il y a ce procès à Beauvais en 1978, où c’est un immigré algérien qui prend 20 ans. Et là, c’est l’apothéose du débat. Même si plusieurs témoignages confirment qu’il en est l’auteur, les féministes s’interrogent, demandant « si il avait été un bon bourgeois, aurait-il pris 20 ans ? » Aujourd’hui, 30 à 35 ans plus tard, je dis qu’au lieu de se sentir coupable, nous aurions du affronter tout ça et refuser la culpabilité. Il n y a pas de raison que quand les femmes mènent un combat, elles soient toujours mises en demeure de se justifier.

En quelque sorte, le livre est un témoin de son époque. Toutefois quand je vois les titres des journaux aujourd’hui sur les violences envers les femmes, la place des femmes dans le travail, les femmes qui payent le prix de la crise plus que les hommes, dans les pays dits développés, je constate que ce sont les mêmes titres qu’il y a 30/ 40 ans : « 150 femmes tuées par leur conjoint en 2008 » - « les femmes payent le prix de la crise » - « le salaire des femmes inférieur de 27% à celui des hommes » - « des filières d’étude sans débouchés » et ça dans nos pays dits développés. Donc, oui les choses avancent, mais à pas de tortue.

 

B : Vous étiez enseignante avant d’être journaliste à Libé. Avez-vous vu venir la contestation ?

 

MS : Dans mon lycée à Denain dans le Nord, pays de sidérurgie, où j’étais prof de philo, la contestation c’était moi ! Je l’ai provoquée et portée dès mon arrivée en 1969. A l époque, aller au café avec les élèves ou en faire monter quelques-uns dans ma voiture, c’était le scandale ! Et je fumais en cours. Du coup, toute la classe aussi. Cela en plus des tables disposées en rond, quand les collègues entraient, ils n’étaient pas franchement contents ! Mais,  même si je menais des débats, et c’était difficile de faire parler les élèves, j’étais une prof qui faisait cours. Certains de mes camarades considéraient que préparer au bac ou parler de Platon ou de Kant, c’était transmettre la culture bourgeoise, ce qu’il ne fallait pas faire.  Mais moi qui suis fille d’ouvrier immigré italien, je savais que je devais beaucoup à l’école, aux savoirs et à la connaissance, et que c’est une attitude assez bourgeoise que de refuser aux autres ce qu’on a déjà pour soi, par la famille, la naissance...

 

B : Comment en êtes-vous arrivée aux combats féministes ?

 

Le premier évènement pour moi c’est le numéro de la revue « Partisans » édité par les éditions Maspero (3) à l’automne 70, « Libération des femmes, année zéro ». J’y retrouve des sentiments, des aspirations, des réflexions qui sont les miennes et je m’aperçois que d’autres femmes, qu’alors je ne connaissais pas, les éprouvent aussi. Je suis très peu allée aux AG des Beaux Arts. Lorsque l’on n’était pas en permanence à Paris, c’était assez difficile de prendre la parole, laquelle était assez souvent monopolisée par les mêmes. Je militais plutôt à Denain avec un groupe du MLAC et à l’Ecole Emancipée. Quand je deviens journaliste à Libération, les choses changent pour moi, car le journal est le porte parole des luttes. Il faut se rappeler qu’à l’époque il n y avait pas internet, et que de toute façon il était hors de question pour les militants de se compromettre avec la presse bourgeoise, et encore moins avec la télé. Libé était donc le lieu où il fallait faire passer des choses.

 

Votre père était ouvrier. Quelle place était réservée aux femmes dans le syndicalisme ?

 

Mon père n’était pas du tout syndicaliste, c’était un ouvrier immigré italien qui travaillait 66 heures par semaine, 6 jours sur 7, et considérait que c’est tout le temps les mêmes qui trinquent et que cela ne changerait jamais, même s’il a fait grève en 68.  Dans le syndicalisme alors, il y avait des femmes qui militaient, mais si elles étaient très peu nombreuses dans la hiérarchie, excepté Jeannette Laot, qui était secrétaire nationale de la CFDT. Côté parti communiste, il y avait la femme de Maurice Thorez, Jeannette Vermeersch qui était contre l’avortement car il fallait que les prolétaires se multiplient pour lutter contre les bourgeois !

 

Aujourd’hui, la visibilité des femmes a changé bien sûr. Il y’a des femmes dans le syndicalisme, dans la politique, le journalisme. Ceci dit, il faut se méfier. Regardez la féminisation de l’enseignement, ou du métier d’avocat, ces métiers sont-ils autant valorisés qu’avant ? Il y a plus de femmes en politique, mais peut être la politique compte-t-elle moins aujourd’hui, ce qui compte ce sont les affaires, la finance et quelle est la place des femmes dans les affaires ?

Dans mon livre j’ai republié l’article que j’avais consacré au livre de  Jeannette Laot, publié dans les années 70 la première femme responsable syndicale à la CFDT et qui raconte combien c’était difficile.

 

Ce que je pense c’est qu’il ne suffit pas d’être femme, encore faut-il être féministe. Même s’il est évident que l’on ne caricature pas de la même manière une femme politique, qu’un homme, car il y a toujours de la misogynie, je ne vois pas ce que les femmes de l’actuel gouvernement Sarkozy-Fillon changent à la politique. Ces femmes du gouvernement s’intègrent parfaitement au schéma dominant de la politique actuelle, les coups bas, la concurrence exacerbée, l’adulation du chef, etc. Et c’est pareil à gauche.

 

Au début du XXè siècle, au sein même du mouvement ouvrier, les féministes étaient objet de moqueries. Pourquoi cette vision caricaturale des féministes, « bourgeoises », « hystériques », «  mal baisées » ?

 

Il n’y a pas besoin d’aller chercher si loin. Dans les années 70 c’était encore comme cela. Lors de la manifestation du premier Mai 1976, qui nous traitait d’hystériques mal baisées ?! C’était les gros bras de la CGT. Et qui nous cognait ?! Dans ces années là, le Parti communiste disait que « les féministes sont des petites bourgeoises du quartier latin » et d’ailleurs ils avaient organisé un débat que nous étions allé perturber en criant « Vive le matérialisme hystérique ! ». Il a fallu que des femmes protestent à l’intérieur du parti pour que cela change. Et ce n’était pas que le PC, à l’extrême gauche également. Et si une partie des fondatrices du MLF venaient de ces organisations c’est aussi car elles en avaient marre de l’assignation à certaines tâches et du discours ambiant. Certaines ont quitté ces organisations dites « gauchistes », d’autres y ont créé la tendance dite « lutte de classes » articulant féminisme et lutte de classes. En pratique, moi par exemple, quand j’ai été quelque temps dans des organisations d’extrême gauche, avant mai 68, j’avais compris qu’il ne fallait pas que j’apprenne à taper à la machine (je vous parle d’il y a plus de 40 ans), car la séparation des tâches était terrible ! D’un côté il y avait les mecs qui pensaient et écrivaient les tracts, et de l’autre les nanas qui les tapaient à la machine et les tiraient à la ronéo. Du coup je n’ai appris à taper à la machine que quand je suis entrée Libération, pour écrire mes articles !

 

Pour ce qui est du sobriquet de bourgeoises mal baisées, alors peut-être que quand on était riche, c’était plus facile de se faire avorter à l’étranger, mais la peur des jeunes femmes de tomber enceinte étaient la même pour toutes les classes, de même que le regard de la société. Le viol également, ouvrières ou issues d’un milieu bourgeois, toutes les femmes peuvent avoir à en souffrir.

 

Plus simplement, il est facile de disqualifier quelque chose en le traitant de bourgeois, et on qualifiait le féminisme de bourgeois, pour ne pas regarder le féminisme.

 

40 ans après, quels sont les principaux débats menés au sein des luttes des femmes ?

 

Aujourd’hui il me semble qu’il a plusieurs questions qui font débat. Il y a la question du différentialisme. Est-ce qu’il y a une essence femme ou bien, comme disait Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme on le devient » ? Un autre débat porte autour du féminisme comme marque de l’Occident. Etre contre le voile serait une position colonialiste, alors qu’il peut être, nous dit-on, un instrument de liberté et de libération puisque grâce au voile les femmes peuvent être dans l’espace public. Personnellement, je n’adhère pas du tout à cette vision. Et d’ailleurs, si le voile est libérateur, pourquoi les hommes ne le portent-ils pas ? N’y a-t-il pas encore là de la manipulation des femmes?

Bien-sûr, notamment ce débat politique autour du port du voile masque d’autres enjeux. Je me fiche du signe religieux, ce qui me préoccupe c’est l’oppression des femmes. Alors bien-sûr, avoir amené les gens sur le terrain de l’identité nationale a permis de masquer d’autres problèmes, les questions économiques, sociales, les ghettos sociaux, etc. Du coup d’autres questions concernant les femmes ne sont pas posées. Mais on ne peut pas ne pas regarder cette question du voile, ne pas y voir un signe de marquage et d’appropriation des femmes. Les femmes sont encore un enjeu de société et de politique considérable, et il y a une instrumentalisation où que l’on se place. C’est soi-disant  au nom de l’égalité hommes - femmes que le ministre Besson mène son débat sur l’identité française, mais l’intégrisme musulman les utilise également. Cela dit, ce n’est pas nouveau dans l’Histoire. C’est au nom d’une certaine idée de la sexualité des femmes que l’on interdisait l’avortement, ou que l’Eglise catholique assignait les femmes à résidence. La religion catholique a été mise au pas, elle ne nous embarrasse plus vraiment, une autre doit être canalisée, renvoyée à la sphère privée. 

 

Quels étaient les enjeux des luttes féministes ? Et pensez-vous que les choses aient évolué positivement ?

 

Il y’avait deux enjeux, l’un d’émancipation et l’un de libération. Pour ce qui était la dénonciation des inégalités les plus criantes, on a marqué des points. L’avortement a été une grande conquête, un grand outil de la libération des femmes. A partir du moment où les femmes peuvent avoir la maîtrise de leur sexualité, il y a un changement extraordinaire. Même si aujourd’hui, tout n’est pas parfait.

 

Sur la question du viol, le viol existe toujours aujourd’hui, et hélas je ne sais pas s’il disparaitra un jour. Mais il n’est plus considéré comme allant de soi, comme légitime.

L’inégalité dans le travail n’a pas disparu, mais diminué. La visibilité sociopolitique des femmes a aussi avancé.

Toutefois, il faut préciser que notre objectif n’était pas seulement de mettre fin aux discriminations. Nous étions hostiles à un féminisme officiel, un féminisme d’état, perçu comme intégration égalitaire à l’ordre établi. Il y avait un autre enjeu dans notre lutte, la mise en cause de l’organisation de la société, particulièrement la mise en cause du patriarcat comme l’un de ses fondements. De ce point de vue, même si au sein de la famille et plus globalement dans la société, les choses ont évolué, on ne peut pas dire que l’on ait gagné. A l’époque, on ne dissociait pas l’enjeu de la lutte féministe de celui d’une mise en cause de l’organisation de la société, et sous cet angle, le chemin est encore long, si l’on regarde ce qu’est la société aujourd’hui, avec toutes ses aliénations, ses injonctions à la consommation, etc.

 

Militante féministe, dans ses 150 films, Carole Roussopoulos a donné la parole à ceux qui l’ont  rarement, homosexuels, ouvrières de LIP, prostituées, prisonniers, vieux en fin de vie, victimes d’abus sexuels. Elle est notamment la réalisatrice de « Debout ! Une histoire du mouvement des femmes 1970-1980 » et de  « SCUM », inspiré du fameux manifeste de Valérie Solanas.

Pierre Overney, militant de la Gauche prolétarienne est  tué le 25 février 1972 par Jean-Antoine Tramoni, agent de sécurité de Renault, alors qu’il cherchait à entrer dans l’usine avec un groupe de camarades.

A l’époque la librairie La Joie de Lire de Maspero, rue St Séverin,  était la librairie contestataire

 

Propos recueillis pas Géraldine

 

 

 

 

 

 

 

02 Octobre 2010 / CONCERT ET PROJECTION DE SOUTIEN EN SOLIDARITÉ AUX ANTIFASCISTES RUSSES À ROCHEFORT en Terre (56) Avec :

Cartouche, Mauvaise graine, Bakounine, Death or Glory

 


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Festival Dispac'h -  à Rennes,  01 Octobre 2010 -

 Heaven Sucks, Skuds & Panic People,

Trouz An Noz, Cartouche...

Jardin Moderne, 6 Zéros, 19h30 !!

 

 

http://melvinpekatre.free.fr/affdispweb.jpg

Dernier album ! A corps perdu

cartouche_acorpsperdu.jpgTranches de vie,  chansons de résistance portées par un chant féminin, après cinq années d’existence , le groupe  parisien Cartouche a sorti sa nouvelle production.

Si le  précédent album, enregistré à Londres,  sonnait  punk eighties (Blondie, Clash, etc), cette fois-ci, Lucas Chauvières du studio Soyouz (Paris), a donné au groupe la puissance du punk US (Dead Kennedy’s, Bad Religion). Et, ce n’est pas un hasard si le disque comporte deux morceaux en anglais. Il faut dire que Cartouche n’a cessé de tourner en Europe : France, Allemagne, Pologne, Autriche, Serbie, Hongrie, Belgique, dans des clubs, squats, jugendzentrums. Qu’ils comprennent ou non les paroles, le public a toujours été scotchée devant la présence et la rage positive du groupe sur scène . L’émotion, notamment quand elle entonne en yiddish le Chant des partisans du ghetto de Vilniu, Zog nit keynmol et la furie qui se dégagent de la  chanteuse n’y sont pas pour rien.

Chant / guitare : Géraldine (Kochise, Cria Cuervos, Turtle Ramblers)
Guitare / chœurs : Alexandre (Kochise, Mascarade, Turtle Ramblers)
Guitare : Laurent (Ya Basta Tulamort)
Basse : Raymonde (Raymonde et les Blancs becs, la Brigada Flores Magon)
Batterie : Mehdi (Mascarade / Kochise.
 


http://img.over-blog.com/233x203/0/27/42/29/pochette-vynil-a-corps-perdu-2-copie.jpgSlices of life, songs  of resistance, after 5 years of existence, the band Cartouche turned out his new production.

If the last record, recorded in London, was sounding punk 80’s (Blondie, Clash, etc), this time, Lucas Chauvières from the studio Soyouz (Paris), gave to the band the strength of the US punk. And it’s not a hazard if the on the record, one can find two songs in English. We have to say that the band didn’t stop to tour in Europe: France, Germany, Poland, Austria, Serbia, Hungary, Belgium, Switzerland, in clubs, squats and youth centres. Understanding or not the lyrics, the public is always receptive to the presence and the positive rage of the band on stage. Emotion, notably when she starts singing in Yiddish, The songs of partisans from the ghetto of Vilnius, Zog nit keynmol, and fury which emanate from the singer, are on rendez-vous!

 

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